On évoque peu les conditions dans lesquelles un amateur de photos ou de vidéos est autorisé à filmer des lieux publics hors Hexagone. Or les usages ont évolué ces dernières années, allant plutôt dans le sens d’un durcissement alors qu’ils ont tendance à s’assouplir en France, du moins dans les musées depuis l’initiative  » Tous Photographes » du Ministère de la Culture.

Le tourisme est plutôt stable dans l’Hexagone depuis 20 ans, mais il progresse de façon exponentielle dans certains pays émergents, amenant de nouveaux usages, et donc de nouvelles questions.

SOMMAIRE

Lorsque je voyage à l’étranger, appareil photo ou caméra en bandoulière, j’ai dû payer parfois des « droits » pour effectuer des prises de vues sur certains sites touristiques ou religieux ou certains musées. Habitué à ce type de situation, j’ai pu noter la diversité des situations et l’illogisme parfois de certaines restrictions.

Cela m’a donné l’envie de témoigner pour qu’un plus large public puisse en profiter. Des visiteurs m’ont également apporté d’intéressants témoignages. Finalement, qu’est-il possible de photographier / filmer ? Dans quel cas, y compris non-officiels, est-il préférable de payer, et est-ce une bonne chose ? Enfin dans quels cas les interdictions peuvent être légitimement contournées ?

Je n’évoque ni la situation des reporters qui obéissent à des règles particulières (demandes avec « soutien » des autorités locales) ni celle des pays dans lesquels photographier ou filmer est considéré comme  risqué en raison du climat politique du pays. Cet article évoque les pays où la liberté de sortir son appareil photo ou son camescope est en principe totale.

Les interdictions de photographier et de filmer

À force de voyager, vous finirez par voir un panneau précisant « Photography strictly prohibited« , traduction de « Photos strictement interdites« . C’est un avertissement que l’on peut rencontrer dans les  lieux publics tels que les aéroports, les sanctuaires religieux, etc. Mieux vaut suivre à la lettre ce message, même si les régles sont parfois moins restrictives. Ainsi dans la plus grande gare d’Asie (Howrah Station à Kolkata), j’ai pu filmer longuement sans être dérangé (*) alors que c’est bien dans une gare centrale (à Mumbai) que des extrémistes d’origine pakistanaise, avaient commis un des premiers massacres qualifiés de « terroristes » à Mumbai en 2008.

(*) en France, les prise de vues dans les gares sont interdites sans autorisation. Depuis l’état d’urgence et le climat des attentats en France, abandonnez l’idée de filmer de façon ostentatoire, seuls les smartphones ont encore une chance de passer inaperçus.

Le Marble Palace, interdit à toute forme de prises de vues

Pardoxalement, c’est à 500 mètres de cette  gare où j’ai pu filmer d’excellentes images, que j’ai dû ranger ma caméra car je filmais sur le pont Howrah Bridge, un édifice « public » interdit à la photographie ! Le panneau d’interdiction était situé des deux côtés du pont. Après enquête, cette interdiction, incompréhensible et surannée, relèverait d’une ancienne loi militaire devenue caduque mais l’interdiction est restée. Pourtant, des photos sont prises régulièrement sur ce pont et publiées sur le Web. Comble de l’absurde, l’interdiction porte sur le fait de filmer depuis le pont mais pas le pont en lui-même, depuis la rivière Hooghly située juste au-dessous ! J’ai pris quelques vues malgré tout, cette loi me semblant déconnectée du réel. J’ai rangé mon appareil photo quand un policier m’en a donné l’ordre, par respect pour sa personne et pour éviter de faire le touriste grincheux.

Le lendemain, un gardien m’a aussi prié de ne pas filmer un vieux cimetière anglais dans un état de relatif abandon (!). J’ignorais l’interdiction, je n’ai d’ailleurs vu aucun panneau stipulant une quelconque recommandation, jusqu’à ce que le « gardien » m’apostrophe. A l’inverse, dans un autre cimetière plus modeste, un gentil gardien (improvisé !), me voyant avec ma caméra, m’a encouragé à filmer au contraire, m’invitant implicitement à ne pas oublier le guide en sortant… Je ne l’ai donc pas oublié… 🙂
Que dire aussi de ce célèbre magnifique palais (plutôt à l’abandon lui aussi !), le Marble Palace, interdit à toute forme de prises de vues pour des raisons tout aussi mystérieuses. Je ne vous montre donc que le panneau d’interdiction. Il faut défendre  l’idée de la mise en place d’un droit à payer plutôt que de devoir se cacher. Car dans les faits, avec un « tip », il semblerait qu’on puisse prendre quelques clichés (au pas de course).

Bien entendu, il y a toujours moyen de contourner les interdictions (si vous les jugez très abusives uniquement). Mais enfreindre la législation revient à photographier / filmer à la va-vite et permet rarement d’obtenir de belles prises de vues, bien posées. La vidéo a de ce point de vue un désavantage sur la photo. S’il est facile, du moins possible de prendre des images fixes rapidement sans se faire remarquer, il est beaucoup plus difficile de filmer rapidement car le principe même d’un enregistrement filmé nécessite de rester de longues secondes immobile ou de se concentrer à réaliser des mouvements d’appareils, ce qui ne passe pas inaperçu ! Sans compter l’impossibilité d’avoir le temps de déplier un trépied. Du coup, il faut vraiment se poser la question si le rapport « prise de risque / résultat obtenu » vaut le coup.

La vidéo n’est pas seule à être désavantagée, parfois c’est l’inverse. J’ai constaté que la photo avait mauvaise presse alors que la vidéo (sans trépied) pouvait être tolérée, pour des prises de vues intérieures, lorsque le déclenchement au Flash présentait un danger (peintures anciennes, toiles de maîtres, etc).

Les sanctuaires religieux (temples, mosquées, églises…) sont souvent également frappés d’une interdiction de photographier ou de filmer sauf s’il s’agit de sites très touristiques soumis à une réglementation particulière. Dans tous les cas, ne laissez aucun appareil photo ou caméra dans une voiture à l’extérieur d’un édifice religieux même si on vous en donne l’ordre. Risque de vol trop important ! Si vous êtes au minimum deux, adoptez le seul plan B sans risque que je connaisse : visitez à tour de rôle le monument, pendant que l’autre prend une boisson fraîche avec tout votre attirail photo à ses pieds. Et vice versa bien sûr quand vient votre tour. Un peu de temps perdu est préférable à plusieurs milliers d’euros et tous vos clichés partis en fumée, non ?…

Un vidéaste voyageur rapporte que les interdictions auxquelles il a fait face, tant en Asie qu’en Europe Centrale (Bulgarie) pour filmer des édifices religieux, seraient motivées par la nécessité pour les infrastructures touristiques locales de freiner la diffusion massive d’images sur le Web… lesquelles émousseraient l’intérêt d’une visite réelle des lieux. Mais non seulement ce postulat n’est pas du tout certain, de plus freiner la diffusion d’images sur le Web paraît une cause perdue d’avance… Ainsi le Marble Palace à Kolkata, théoriquement frappé d’interdiction, n’empêche pas nombre de photos de fleurir sur le Web.

Parfois la situation devient plus compliquée à gérer. Ainsi, à la frustration de ne pouvoir filmer un temple hindou, s’est ajoutée l’obligation de devoir laisser en consigne, hors de ma surveillance, tout appareil électronique capable de prendre des photos ! Avec deux camescopes, 1 APN, et 1 objectif, vous imaginez ma grimace ! J’avoue éviter de laisser mon sac photo en « déposit », moins par crainte réelle d’un vol, que par souci de visiter le lieu l’esprit serein. Inquiétude sans doute infondée, mais on ne se refait pas ! J’ai préféré dans un cas adopter le plan B (en laissant le sac à ma compagne) et j’ai juste déposé mes chaussures (on entre pieds nus dans les temples…), c’est moins risqué 🙂

L’expérience aidant, on finit par s’habituer à ce refus : en Iran, le soir venu, la grande Mosquée de Shiraz, à 1000 kms au sud de Téhéran, est théoriquement interdite de toutes prises de vues, j’ai donc répondu par l’affirmative à la qustion « Do you have a camera ? » et j’ai tout laissé au Deposit. Mais j’ai un peu fulminé quand je me suis aperçu que des amis français avaient réussi à passer au même moment un smartphone et un reflex alors que ma caméra (en fait un camescope) était restée au vestiaire… C’est une tendance qui durera probablement encore quelques années : le camescope est considéré comme pro (même s’il ne l’est pas) et envahissant, pas le smartphone, qui prend pourtant de plus jolies photos qu’une caméra…

Bref… Même si la déception est immense lorsqu’on parcourt des milliers de kilomètres pour découvrir un temple somptueux dont on vous refuse le moindre cliché, ma position a changé au fil des années : j’estime désormais qu’il est bon que les édifices religieux ne soient pas photographiés de l’intérieur (hors site très fréquenté comme le Meenakshi Temple de Madurai). D’abord par respect pour les fidèles qui viennent s’y recueillir. Ensuite parce qu’il y a finalement peu de lieux dans le monde qui échappent aux objectifs photo. Je trouve qu’il est sain que certains lieux sacrés ne soient pas captés par le moindre objectif de téléphone portable. Après tout, nos yeux peuvent faire office d’appareil photo et notre mémoire servir d’espace de stockage… ?

Dans la même veine, j’ai visité un musée de traditions tribales totalement interdit à la photographie. Le plaisir des yeux a amplement suffi. Anecdote en forme de coïncidence, quelques jours avant ma visite de ce musée, deux touristes italiens étaient kidnappés pour la première fois à 400 kms de là par des rebelles maoïstes pour avoir un peu trop photographié les femmes d’une des tribus présentes dans le musée… C’est en tout cas la raison que les rebelles ont invoquée pour retenir prisonniers les indésirables. Décidément, mieux vaut parfois ranger son appareil photo !

Moins grave que le kidnapping de ces touristes italiens (même si l’histoire s’est « bien » terminée), un internaute m’a raconté qu’il filmait une cathédrale à Madrid et plus particulièrement la sainte vierge quand un guardia local est arrivé, a saisi son appareil de prise de vues, l’obligeant à effacer les images qu’il avait tournées, en arguant d’un avertissement mentionné sur le sol. Décidément, ll y a icône et icone…

Variante encore différente à Persepolis en Iran, où c’est le sac à dos qui, cette fois, a posé problème, avec obligation de ne pas l’embarquer sur le site alors qu’aucune consigne n’était possible. Heureusement que le chauffeur de taxi nous attendait jusqu’à la fin de la visite, j’ai pu lui laisser le sac vide. Solution toutefois très peu confortable pour un photographe bien équipé qui doit se trimballer tout son attirail photo, trépid (de voyage), accessoires et autres dans ses bras et poches de pantalons… J’ai d’ailleurs raté nombre de vues et perdu beaucoup de temps à cause de cet inconfort…

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Les autorisations payantes officielles

Les autorisations – moyennant paiement d’une « charge » – sont de plus en plus fréquentes. Elles peuvent dépendre de la politique touristique du pays et le prix demeurer très raisonnable, voire symbolique, surtout pour un occidental ! Pour avoir le droit de prendre des photos, l’entrée dans un jardin botanique somptueux m’a coûté 0,15 centimes d’euros, une grotte 1,50 euros…

 

Dans ce cas, l’entrée « photo » était séparée de l’entrée « personne ». Mais ce n’est pas systématique. En Iran, tout est compris, ce qui n’empêche pas l’entrée d’être globalement relativement chère.

 

Même s’il y a théoriquement peu de contrôles, le photographe averti ou le vidéaste a tout intérêt à jouer cartes sur table en demandant un ticket pour son reflex ou sa caméra. Les images qu’il ramène parfois du bout du monde, valent largement droit à paiement. De plus, l’imagier peut ainsi bichonner ses prises de vues ou installer un trépied tranquillement, tout en ayant l’impression de contribuer par son paiement à un meilleur entretien du site. C’est en tout cas l’argumentaire qui est souvent fourni. Dans le cas des grottes indiennes que j’ai visitées, je veux bien le croire car le site était très propre et bien entretenu, ce qui n’est pourtant pas systématique en Inde……

L’acte de payer un droit à l’image en plus du droit d’entrée physique, n’a pas que des sympathisants. On peut avoir l’impression – et j’avoue l’avoir parfois ressentie – que tout « musée », référencé sur les circuits touristiques, devient prétexte à considérer le touriste comme une vache à lait qu’on peut traire à volonté. D’un autre côté, l’interdiction de prendre des prises de vues est beaucoup plus mal vécue. Que les choses soient claires. Pour un « visage pâle » (= un occidental), les sommes pour obtenir un droit de filmer sont souvent extrêmement modiques en soi (entre 1,5 et 3 euros). Mais proportionnellement, elles s’avèrent importantes : ainsi pour filmer l’attraction (certes réussie) d’un sous-marin à quai reconverti en musée, le droit d’entrée pour la vidéo m’a coûté l’équivalent d’un droit d’entrée pour… 5 adultes ! De plus, la visite s’effectuait au pas de course, le flux de visiteurs étant rapide. J’ai fait une rapide conversion : c’est un peu comme si le droit de filmer était facturé 15 à 30 euros en France. Les plus pénalisés sont donc les touristes « locaux » qui doivent s’acquitter d’une somme qui pour eux, est disproportionnée en regard de leur niveau de vie…

Enfin, et c’est à ranger au rayon des curiosités, j’ai parfois rencontré une formule mixte d’interdiction / autorisation : les appareils photo et portables sont autorisés (moyennant paiement) alors que les caméras vidéos sont interdites… Je n’ai jamais saisi la légitimité de ce distingo surtout quand il s’agit par exemple… d’un jardin botanique ! J’avoue avoir contourné ce règlement dont j’ai contesté la légitimité (qui ne m’a d’ailleurs pas été justifiée) : j’ai payé un droit d’entrée pour mon APN et je l’ai positionné en mode vidéo. Sachant qu’une grande majorité des APN d’aujourd’hui font de la vidéo, interdire l’utilisation des camescopes alors qu’il existera bientôt davantage d’APN, de smartphones et de reflex capables de faire de la vidéo que de camescopes, n’aura plus de sens à moyen terme… Il est décidément bien difficile de s’y retrouver !

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Les paiements officieux

Parfois l’on est invité à payer sans aucun caractère officiel et cela m’est arrivé assez souvent avec une relative complicité tacite de ma part. Deux cas de figure principaux :

  • le cas de figure du « gardien ». Au marbre Palace de Kolkata, comme à celui du très beau cimetière anglais de cette même mégalopole, le gardien est censé vous faire visiter sans vous faire payer, le sésame étant une autorisation en bonne et due forme fournie par le bureau officiel de la ville : c’est ailleurs mentionné sur les grilles de cet ancien Palace abandonné. Mais dans la réalité, la procédure étant lourde, de nombreux témoignages relatent que le gardien, « compréhensif », vous fait rapidement comprendre que la procédure peut s’accélérer et la visite s’effectuer sur le champ, moyennant compensation…
  • l’autre cas de figure s’est produit au moins au cours de voyage au moins, et quand j’y repense, je m’aperçois que les circonstances ont toujours été les mêmes ou presque : un local croise notre route, nous demande où nous allons et nous renseigne au début en nous indiquant quelque chose qui, en tant que touriste, peut nous intéresser. Il ne demande aucun argent et après tout, son chemin a croisé le vôtre presque par hasard. 🙂 Vous acceptez sa proposition, pensant juste le remercier et poursuivre votre chemin.
  • 2 heures plus tard, vous êtes toujours à ses côtés, il vous a tout montré et parfois, ouvert des portes… A Sumatra, j’ai même rencontré quelqu’un qui, au départ simple villageois du coin,  s’est révélé être un guide officiel qui nous a montré sa carte de guide. Désoeuvré et face au peu d’afflux touristique, il n’avait plus de client et buvait la tasse.  Il faut reconnaître qu’il a été d’une très grande utilité comme celui que nous avons rencontré près de Madurai… A la fin, vous vous sentez « obligé » de donner bien plus qu’une petite pièce pour ce moment rare et privilégié qu’il a joué en tant guide personnalisé. Je dis « il » mais un des trois guides a été une femme. Vietnamienne, elle parlait trois mots d’anglais… mais pourtant elle a joué ce même rôle d’accompagnatrice « improvisée ».