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n film dirigé d’une façon folle (une construction scénaristique sans cesse remodelée), des acteurs qui se trouvent embarqués dans des aventures tout aussi déjantées alors qu’ils avaient juste entrepris de partir au soleil, et un titre qui résume l’état d’esprit du film à sa manière. Pour cette oeuvre tournée en 1965 comme un road movie,  Jean-Luc Godard frappe fort. Certes, le réalisateur franco-suisse n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il revendique déjà le film le plus emblématique de la Nouvelle Vague, À bout de souffle (1960), suivi du film sur le cinéma Le Mépris (1963). Mais Pierrot reflète mieux qu’aucun autre la « patte » de la mise en scène de l’intellectuel qu’il aimait à résumer ainsi  : J’ai fait plutôt des films, comme deux ou trois musiciens de jazz : on se donne un thème, on joue et puis ça s’organise.

Adulé autant que détesté, le réalisateur laisse rarement indifférent. Mais qu’importe. Ce qui compte dans le cas présent, c’est le cadre magnifique du film, idéalement servi par le chef-opérateur Raoul Coutard, qui se déroule pour une bonne part sur la magnifique île de Porquerolles, située en  face de Hyères. Île qui devint ensuite propriété de l’État, ce qui permet aujourd’hui d’en préserver l’authenticité et le caractère naturel.

photo : © Alain Noguès

Une scène parmi beaucoup d’autres, où l’on découvre le petit paradis qu’offre l’île de Porquerolles. La scène reste célèbre par le refrain guilleret « Ma ligne de chance » scandé par la regrettée Anna Karina décédée en 2019, à laquelle lui répond avec espiéglerie Jean-Paul Belmondo au son de « c’est fou c’que j’aime ta ligne de hanches« .

Pour l’anecdote (méconnue, c’est un témoin direct qui me l’a racontée), Anna Karina aimait sans doute le Sud mais aussi et surtout la Corse. Après sa romance avec Jean-Luc Godard (de 1961 à 1968), elle y acheta un moulin quelque part entre Bastia et l’ïle Rousse, moulin qu’elle conserva pendant environ 8 ans. Puis elle s’en sépara. En 2018, elle y retourna symboliquement, à l’occasion d’un Festival de théâtre à Bastia, pour voir ce qu’il était devenu. Elle ne fut aucunement déçue car le moulin était non seulement très bien entretenu, mais le lieu est si pittoresque qu’il sert parfois à des tournages de films. 🙂

L’affiche de Pierrot le Fou reprend la scène où Ferdinand (incarné par Jean-Paul Belmondo) se peint le visage avec des bandes bleu, tel un sioux de la Nouvelle Vague, avant de décider de se suicider. Jean-Luc Godard aimait fréquemment les allusions à la peinture, art qu’il vénérait, plus particulièrement l’impressionisme. D’ailleurs, on attribue à Godard lui-même cette remarque qui fit jour lors de la campagne de promotion du film : Pierrot le fou, c’est  (…)

Le dernier film romantique. 

Le Technicolor héritier de Renoir et Sisley

Les principales scènes de Pierrot le fou ont été tournées sur l’île de Porquerolles. On peut y trouver encore aujourd’hui les ruines de la maison de la Treille et sa plage qui ont servi de décor au film dans la partie Nord de l’île, mais aussi la pointe Béarlieu, la Pointe de la Courtade, et la plage Notre-dame. Et si vous avez de la chance, vous croiserez peut-être l’ombre de Marianne et Ferdinand, tentant de renouer leur amour impossible… 🙂

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