Bien aidée par des chaînes montagneuses nombreuses et plutôt bien balisées, la randonnée se porte bien en France. Sa version plus « musclée », le trekking, s’illustre sur les sentiers du monde depuis bien des années. Le rapport avec la vidéo ? Je me souviens d’une conférence Sony où les « trekkeurs » étaient nommément désignés comme une cible d’utilisateurs à part entière des caméras d’action. Pourquoi Sony les citait-ils ? Parce que précisément ces valeureux marcheurs pouvaient acquérir une actioncam pour narrer leur voyage. Aujourd’hui, cela va plus loin : il n’est pas rare de voir certains youtubeurs filmer leurs randonnées pour proposer à leur public un parcours en images « réelles ». Que d’évolutions… !

Sony ne s’est donc pas beaucoup trompé même si ses propres actioncams n’ont pas remporté le succès escompté face à l’invasion des concurrents chinois à bas prix et la résistance de GoPro, le leader, qui a maintenu son hégémonie en détenant au moins 60% du marché à lui seul d’après les estimations les plus basses.

Pour filmer en randonnée, bien sûr, n’importe quelle actioncam peut convenir mais la dernière GoPro Hero7 Black revendique un système de stabilisation qui augmente l’intérêt d’embarquer une telle caméra en randonnée. A vous de voir en fonction de votre budget, la Hero7 Black valant 430 euros.

Sur les actioncams, si vous avez le choix (cas des GoPro),  laissez tomber de préférence l’angle Superview, préférez Large (Wide) et le mode Linéaire. Le mode Linéaire, équivalent d’un 90°, recadre la vue Large qui est à 127°. L’inconvénient du Large est que la vue déforme beaucoup, procurant une image en barillet.

 

Modes de fixation

Filmer c’est bien. Mais trimballer une caméra, c’est peu pratique. Comment fixer sa caméra ? Réponse : avec un système de fixation. J’en ai expérimenté quatre. Attention, chaque système a ses avantages et ses inconvénients que voici :

1) la fixation serre-tête. D’ordinaire dédié aux VTTistes, le serre-tête présente l’avantage pour le randonneur d’être libre de ses mouvements et de capter une vue au-dessus de la hauteur du regard. La hauteur du point de vue est intéressante en randonnée, pour dominer la situation et contempler des paysages grandioses. On peut légèrement incliner la caméra sur la fixation pour obtenir l’angle souhaité. Le poids d’un serre-tête est par ailleurs très raisonnable. Et le prix est tellement bas, j’ai fait l’expérience d’acquérir un modèle à 7 euros seulement qui m’a presque coûté plus cher en frais de transport (!), et qui convient parfaitement. Enfin, on peut retirer et replacer l’accessoire en quelques secondes seulement.

Le serre-tête a un autre avantage : sa position en avant du corps permet d’éviter d’avoir le balancement des bras du randonneur lorsqu’il marche, phénomène qui s’observe parfois lorsqu’on utilise un harnais de poitrine.

Le serre-tête a toutefois des inconvénients : si vous tournez la tête, l’inclinez vers le bas / haut, ou que vous avez tendance à pencher la tête, la caméra suit ce mouvement incontrôlable, et cela devient désagréable. Par ailleurs, en randonnée, on fait fréquemment attention où l’on marche, orientant la tête vers le bas, ce qui peut modifier l’angle de vue. 

Phénomène plus mineur, notez la gêne sur la tête et la transpiration. Déjà qu’en randonnée on transpire par forte chaleur… Enfin, c’est un accessoire pas très discret, à la différence du harnais qui peut passer inaperçu.

2) Le harnais de poitrine (ou de buste), le « Chestpod » en anglais, est une bonne alternative. Il s’enfile comme un gilet et ses bretelles sont ajustables. C’est un produit peu onéreux. Pour ma part, un harnais à 17 euros a fait l’affaire. On verra bien sûr le temps qu’il durera. Le harnais spécifique aux GoPro a une conception permettant de l’orienter plus facilement.

Le harnais n’empêche pas d’utiliser l’actioncam instantanément dans d’autres situations. Ainsi, si vous voulez changer de point de vue et vous filmer vous-même, un simple clic et vous retirerez la GoPro avec sa base de fixation.

4) le Gimbal : bien sûr on peut aussi envisager d’embarquer en randonnée une caméra d’action montée sur un Gimbal, sorte de stabilisateur comme le Feiyu G6 Plus par exemple (voir test complet). A l’arrivée, la fluidité des prises de vues est évidemment remarquable, la meilleure qu’on puisse espérer (voir plusieurs exemples dans notre vidéo). Le poids commence à être plus important, les contraintes aussi (en recharge de batterie, etc.).

Les deux inconvénients du Gimbal restent le poids : un Feiyu G6 Plus (voir test complet) pèse à lui seul environ 650 grammes nu. Par ailleurs, le prix de l’engin est proportionnel à sa sophistication : comptez presque 300 euros. On peut toutefois trouver des Gimbals moins chers mais moins polyvalents pour GoPro seule ou smartphone seul).

3) La poignée (voire la perche) est tentante également pour fixer une actioncam. Elle présente l’inconvénient de monopoliser une main, un sacré inconvénient quand on s’aide de bâtons de randonnée comme le font de nombreux randonneurs. Bref, un objet un peu encombrant.

Mais la poignée offre plusieurs avantages. Elle permet un meilleur contrôle des mouvements que sur la tête ou sur un harnais. Grâce à elle on peut se rapprocher d’endroits difficiles d’accès (un précipice par exemple) ou de vues en hauteur. Et dans le cas d’une perche à selfie (plus encombrante), elle permet de se filmer en même temps que le paysage derrière soi.

Carte mémoire, audio, Application

Pour partir avec une actioncam, le randonneur se demande souvent quelle contenance et type de carte il doit emporter. Côté contenance, le maximum enregistrable en 4K (ou en 2,7K) est un peu supérieur à 2H. En 1080, on grimpe à 4H22′.

Les cartes qui conviennent sont les microSD, microSDHC ou microSDXC jusqu’à 128 Go. 

Les micro-SDXC Class 10 ou UHS-I conviennent. Inutile d’acheter des cartes très onéreuses. Toutefois les cartes avec le symbole U3 sont parfaitement conçues pour les hauts débits du 4K, car elles garantissent 30 Mo/s en écriture continue (soit 240 Mbps).

Du côté des batteries, comptez autour d’une heure d’autonomie, un chiffre moyen qui dépend de multiples facteurs, la résolution par exemple. Vous pouvez espérer 85-90 minutes en 1080p (FullHD) au maximum. Plusieurs batteries sont donc requises ou adoptez un système d’alimentation annexe (pour GoPro, il existe le Anker PowerCore 26800 Power Bank pour 120 euros.

L’audio
Même si l’image prime dans une randonnée compte tenu de la propension à filmer des paysages, l’audio est loin d’être à négliger. En randonnée, vous êtes dans le cas le plus fréquent, en groupe, ou en famille ou même en couple. Dans ce contexte, il est facile et vivant d’enregistrer des commentaires intéressants.

Attention, sur la Hero 6, l’audio en Wav est très distordu au début de chaque plan, et se régule après plusieurs secondes seulement. Il en résulte un différence de qualité sonore qui peut passer inaperçu si la scène est silencieuse.

La solution est de passer en audio RAW (chez GoPro), le phénomène disparaît alors totalement. Inconvénient du mode Raw : il oblige à passer en mode Protune et les fichiers RAW pèsent nettement plus lourd puisqu’il s’agit de fichiers bruts. 

Reste le vent. Les actioncams perfectionnées disposent d’un filtre anti-vent. Le mode Auto est un piège car le filtre peut se déclencher à des moments pas nécessairement très propices. Préférez la position Vent si le dieu Eole souffle vraiment très fort.

L’application
Elle va vite devenir indispensable si l’Actioncam est fixée sur la tête ou dans un harnais spécial GoPro. Rappelons que l’application de votre actioncam sert à effectuer TOUS les réglages depuis votre smartphone. Lequel sera donc également requis en randonnée.

La liaison peut mettre quelques instants à être opérationnelle par Bluetooth mais c’est assez rapide (un vingtaine de secondes), une fois la caméra reconnue. Selon la puissance réseau de votre smartphone, la liaison Wi-Fi peut subir un « lag » (un décalage) qui peut atteindre facilement 1 à 2 secondes dans le pire des cas. 

Le piège des vues en GoPro
Une randonnée peut être palpitante à vivre, parfois moins à regarder. Il s’agit donc d’égayer votre film et de le construire finalement comme tout autre film. Un certain nombre de circonstances vont l’égayer à coup sûr. Voici quelques recommandations filmiques :

-décrivez en direct les lieux que vous visitez quand ils en valent la peine,
-si vous êtes en couple, ou en groupe, parlez à vos compagnons de route pour échanger des impressions,
-placez de temps en temps la GoPro sur trépied et filmez-vous en train de passer, mettez-vous un peu en scène si besoin.
-filmez-vous vous-même en autoscopie sur mini-trépied.

Stabilisation et HyperSmooth

La Hero7 Black (et elle seule) dispose d’une stabilisation améliorée grâce à un procédé logiciel. Ce procédé nommé HyperSmooth est apprécié. Toutefois on peut  obtenir un effet de gondolage du à la re-stabilisation permanente. La différence avec une Hero 6 n’est pas si criante en randonnée.

La Hero7 Black dispose aussi du TimeWarp (littéralement « distorsion du temps »), c’est une fonction qui offre une fluidité et une stabilité très impressionnante bien que le déplacement soi montré en accéléré.

Cet effet est intéressant lorsqu’on filme un randonnée et que l’on souhaite retracer une longue partie d’un trajet en quelques secondes ou dizaines de secondes. On traverse ainsi des vues étonnamment stables, donnant une bonne idée du terrain rencontré. Rien n’oblige à faire du TimeWarp tout le temps. Comme le procédé est vraiment stable au-delà d’une certaine vitesse, impliquant de filmer longtemps en continu, rien n’interdit de réduire ensuite la vitesse au montage pour retrouver une vitesse moins accélérée. En tout cas, voilà un effet bien intéressant…

Exemples de rendu en randonnée avec différents moyens de fixation : sur harnais, avec serre-tête, et sur stabilisateur autonome. Réalisé avec un Hero7 Black.