L​e coronavirus ne sera plus qu’un mauvais souvenir un jour prochain, du moins nous l’espérons tous. En attendant, le voyageur photographe (ou le photographe voyageur) se pose deux questions centrales :

  • Va-t-il pouvoir appuyer sur le déclencheur (c’est le cas de le dire !) ou le bouton rouge de sitôt ?
  • Et est-ce que le « monde touristique d’après » ressemblera au « monde touristique d’avant » d’un point de vue photographique ?

Ces questions taraudent l’imagier car les photos comme les vidéos de voyage sont une source intense de motivation photographique. Elle déclenche parfois un achat de matériel, voire un renouvellement du matos. À cause de la COVID-19, le photographe est, plus encore qu’un autre touriste, avide de savoir quand il va pouvoir retrouver le chemin des photos (ou vidéos) de voyage chères à son hobby ou sa passion !

Répondre à la première question – quand pourrons-nous voyager de nouveau pour photographier ou filmer et vice versa – revient d’abord à s’appuyer sur un état des lieux après 1 année entière de COVID, puis à consulter les pronostics des Autorités touristiques mondialess sur « un retour à la normale » et à tenter une synthèse personnelle à partir de tous ces éléments.

L’ÉTAT DES LIEUX

Premier constat : à la fin 2020, en termes de fréquentation, le tourisme mondial est revenu aux niveaux d’il y a 30 ans (!), avec un milliard d’arrivées en moins et une perte de quelque 1100 milliards de dollars US de recettes touristiques internationales. C’est un bien diront certains car on avait poussé le curseur trop loin en termes de fréquentation, jusqu’à susciter l’exaspération des autochtones vis-à-vis des touristes dans certaines villes européennes (Barcelone, Venise…) . C’est une chute vertigineuse en tout cas.

L’Asie et le Pacifique sont les premières régions à subir l’impact de la pandémie et celles où les restrictions sur les voyages sont les plus sévères à ce jour. L’Asie (pas seulement la Chine) a connu une diminution de 82 % des arrivées au cours des dix premiers mois de 2020. Pour sa part, le Moyen-Orient a enregistré une baisse de 73 %. Et les arrivées internationales en Europe et en Amérique ont diminué de 68 %.

Certes, plusieurs vaccins sont sur le marché sanitaire depuis la fin décembre 2020 (100 millions de personnes ont reçu au moins une primo-injection à la fin janvier 2021) et certains traitements médicamenteux sont à l’étude, sans compter la généralisation des mesures-barrières. Certes les scénarios présentés par l’institution spécialisée des Nations Unies pour le Tourisme font état d’un « rebondissement » de l’activité touristique prévu au second semestre 2021.

LES PERSPECTIVES

Mais un « rebondissement » ne saurait être un retour à la normale. Selon l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme), un retour aux niveaux de 2019 en termes d’arrivées internationales pourrait prendre entre deux ans et demi… et quatre ans ! Ce qui nous amène à 2024. Des chiffres qui s’appuient sur la dernière enquête publiée par l’OMT, dans laquelle 43% de professionnels tablent sur un retour à la normale en 2023 tandis que 41% estiment que ce sera plutôt en 2024 !

Autre variable, l’incertitude autour de la présence de variants plus contagieux, pourrait doucher les espoirs des plus optimistes. D’ailleurs, sur les 10 plus grands marchés-sources du tourisme, 4 (représentant 19 % de tous les voyages à l’étranger en 2018) ont publié un guide qui déconseille tout type de voyage international non essentiel. Seuls 6 autres (représentant 30 % de tous les voyages au départ en 2018) ont émis des conseils de voyage plus nuancés, en se basant sur des évaluations des risques fondées sur des preuves. Le Canada, qui n’est pas un petit acteur du tourisme, a pris pour décision a décidé d’interdire sur ses côtés tout navire de croisière transportant plus de 100 personnes, jusqu’en février 2022 ! Et toute embarcation de plaisance ou de passagers en quête d’aventure, en seront également pour leurs frais. On ne débarque pas au Canada !

Bien sûr, les instances dirigeantes du tourisme mondial tentent une sorte de méthode Coué. Ainsi le Comité de crise du Tourisme mondial de l’OMT, créé en mars 2020 peu après la déclaration de la pandémie, s’est récemment réuni (fin 2020). Et le Comité a trouvé quelques bonnes raisons d’espérer : ainsi, signe encourageant en apparence, 70 % de toutes les destinations mondiales auraient assoupli les restrictions de voyage introduites en réponse à la pandémie de COV-19. En juillet dernier, elles n’étaient que 40 %. Seule une destination sur quatre continuerait de maintenir encore ses frontières complètement fermées aux touristes internationaux (l’Inde et l’Indonésie notamment). À ce sujet, vous pouvez vous référer à la tentative du site generationvoyage.fr qui met à jour les données concernant chaque pays en matière de frontières ouvertes / fermées, Formalités et Tests PCR nécessaires pour chaque pays.  Même si l’initiative du site est incomplète et imparfaite, notamment parce que les quarantaines de certains pays ne sont pas précisées, elle a le mérite d’exister.

Parallèlement, le démarrage des campagnes de vaccination laisse des raisons objectives d’entrevoir des perspectives meilleures. Se débattant au milieu d’un COVID dévastateur, Israël qui est le premier pays à avoir massivement vacciné sa population, commence à voir le nombre des hospitalisés et des formes graves baisser de façon significative chez les plus de 60 ans, facteur directement imputable à la vaccination.

Toutefois, le Secrétaire général de l’OMT, Zurab Pololikashvili, réélu en janvier 2021 (pour 4 ans), prévient : « Il est essentiel d’adopter une approche coordonnée pour assouplir et lever les restrictions sur les voyages chaque fois que cela est possible sans danger. Il sera ainsi possible de rouvrir les destinations au tourisme, et des règles claires et cohérentes entre les pays contribueront grandement à rétablir la confiance dans les voyages internationaux et à accroître la confiance des consommateurs. »

Les règles claires qu’évoque le Secrétaire général de l’OMT cherchent à éviter qu’un touriste soit « apprécié » en fonction de la situation épidémique du pays d’où il vient. La question d’un traitement équitable se pose car ce n’est parce qu’on vient d’Angleterre qu’on véhicule forcément le variant anglais ! En jeu également, les problèmes de confidentialité des données. Ainsi le CMET, dont la mission est de promouvoir l’éthique mondiale du tourisme, considère qu’il est de sa responsabilité que de telles mesures respectent les normes éthiques, en particulier, celles qui apparaissent dans le Code mondial d’éthique du tourisme de l´OMT.

UN « MONDE D’APRÈS » IDENTIQUE ?

Voilà pour l’état des lieux et les perspectives futures. La seconde question que le photographe voyageur est en droit de se poser : est-ce que le monde touristico-photographique d’après ressemblera au monde touristico-photographique d’avant ? Par exemple les lieux hautement touristiques seront-ils autant fréquentés ? Plus ? Moins ? Sur ce même site, nous avions publié en 2019 une enquête sur le surtourisme. Même le Canard Enchaîné avait consacré un hors série à ce phénomène. Il faut dire qu’avant la crise, la situation devenait si intenable que certains sites naturels imposaient des quotas ou se voyaient contraints de fermer temporairement. Et les appétits des promoteurs n’arrrangeaient rien  : en face du célèbre temple d’Angkor Wat au Cambodge, à 500 mètres seulement, une entreprise chinoise a la ferme intention de faire construire un groupe hôtelier et un casino !

Bref, que deviendra la surfréquentation touristique, ce cancer que chacun dénonçait durant l’ère avant-COVID, une fois la pandémie passée ?

Sans se lancer dans des prophéties sans lendemain, on peut se risquer à un pronostic pour les deux ou trois années à venir (j’exclue 2021, considérée comme année de transition / vaccination de masse) : d’un côté l’activité touristique risque d’être modifiée dans le sens d’un plus grande qualité de voyage. Plusieurs raisons accréditent cette première thèse :

D’abord toutes les frontières ne vont pas rouvrir dans une parfaite synchronisation, tous les hôtels, tous les restaurants, toutes les activités, ne vont pas renaître du jour au lendemain à l’identique. Et la pandémie n’en sera pas au même niveau partout. Il n’est même pas sûr que certains grands pays dont le tourisme intérieur est auto-suffisant (cas de l’Inde) prennent le risque de rouvrir leurs frontières trop rapidement. Il est en tout cas certain que des pays vont se rouvrir au tourisme avant d’autres. Certains pays vont mettre en place de fortes contraintes, d’autres exigeront des touristes qu’ils aient un « passeport international de vaccination ». J’en suis d’autant plus convaincu que dans des souvenirs pas si lointains, on présentait deux « passeports » quand on débarquait dans certains pays africains : son passeport d’identité et son carnet de vaccination contre la fièvre jaune. Une simple formalité qui donnait droit au sésame touristique. Concernant le coronavirus, le Danemark ouvre la voie avec la très bonne idée du permis immunitaire Coronapas), d’autres enfin vont assouplir au maximum leur politique. Bref, ça ne sera pas pareil, partout, au même moment.  Et le coronavirus influencera peut-être les destinations.

Ensuite plusieurs observateurs font état d’une plus grande propension à l’avenir du slow tourism. Idéal pour les photographes ! On partirait moins souvent mais plus longtemps, ce qui permettrait d’être plus lent. Pour ma part, pratiquant déjà ce slow tourism depuis 20 ans, je ne vais pas contredire les bienfaits de ce mode de voyage qui me conviennent parfaitement. 🙂

Puis il y a des prises de conscience écologiques, très vives en Europe, et notamment en France, qui nous font nous poser des questions légitimes : sauterons-nous demain dans le 1er avion venu ? Car en parallèle de la crise du coronavirus, la crise écologique s’invite également à la table. Et pour de nombreuses ONG de défense de l’environnement, prendre l’avion aujourd’hui est devenu une habitude à combattre. Les pays du nord de l’Europe mais aussi la France sont assez en pointe dans ce domaine. D’après une enquête commandée par Booking auprès de plus de 20.000 personnes de 28 pays, les tendances sont difficilement interprétables (car ce ne sont que des déclarations d’intentions) mais deux notions retiennent l’attention. D’abord une volonté (des français) de réaliser des voyages en profitant davantage de la nature (44%) et de plaisirs simples comme la randonnée (94%).

Enfin en France en tout cas, il y a une énorme envie de voyager chez les populations aisées, en gros celles qui voyagent le plus et dont le pouvoir d’achat s’est accru avec le coronavirus, faute d’avoir dépensé leur budget voyage habituel : pour preuve, dans la même étude du site Booking, 60% des Français interrogés affirmaient qu’ils avaient hâte de pouvoir voyager à nouveau, et 65% indiquaient même qu’ils profiteraient désormais davantage des opportunités de voyager.

ET LE TOURISME DE MASSE ?

Mais d’un autre côté, le tourisme de masse ne va pas disparaître. Ce cauchemar des photographes, qui ne peuvent plus photographier sans avoir un bras ou une tête dans le champ, risque de revenir à grands pas. Le phénomène a encore de beaux jours devant lui, y compris en France (Château de Versailles…), car les millions de touristes naissants en provenance de pays émergents (Inde, Chine…), viennent inexorablement, chaque année, gonfler les chiffres de fréquentation touristique, la démographie augmentant tout comme les classes moyennes désireuses de voyager. Même si les points chauds restent concentrés sur certaines villes et quelques lieux touristiques concentrés, il y a fort à parier qu’une fois la pandémie passée, on revienne à ces tendances fortes dont dépendent des millions d’acteurs du tourisme à travers le monde.

Restera pour le photographe ou le vidéaste de poursuivre et peut-être d’amplifier l’attitude qu’il adoptait déjà avant COVID : partir moins souvent, mais hors saison, aller dans des coins moins fréquentés, et faire du slow tourism.

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